Diary of a European Bunker - 6

- Samos, the Forgotten Island -
(English below)

Retour sur l’ile de Samos en Grèce depuis hier pour continuer le travail documentaire entamé l’année dernière. Un troisième voyage, encore une fois pour plusieurs semaines afin de documenter la vie des réfugiés sur ces prisons que sont devenues les îles Grecques depuis l’accord entre l’Europe et la Turquie en 2016.

J’arrive en plein « chaos » alors que ma venue était planifiée depuis des mois. Les gens autour de moi s’inquiètent. “Fais attention Jérôme”. Le Monde s’indigne depuis plusieurs semaines et des politiciens malhonnêtes donnent du “Nous allons faire face à cette crise migratoire”. Cette « crise migratoire » existe maintenant depuis plus de dix ans. L’Europe l’a seulement caché. Elle l’a cantonnée à ces îles, asphyxiant la Grèce, se servant d’elle comme un « bouclier ». L’Europe a choisi de fermer les yeux sur les agissements de la Turquie et a créé en 2016, un outil lui permettant de s’acheter une conscience, créant une nouvelle « stratégie de la terreur » sur ces iles destinée à dissuader les réfugiés de demander le respect des droits humains fondamentaux.

Depuis quelques semaines la Grèce ferme ses portes et l’Europe consent. Le droit d’asile n’existe plus. C’est l’article 14 de la Déclaration des droits de l’homme qui est remis en cause : « devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays ».
L’Europe se fait l’ennemie de ce droit premier et fondamentale qui l’a vu naitre. À quoi bon des institutions européennes, s’il est permis aux États membres de refuser les obligations que leur impose le droit européen, la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, la Convention européenne des droits de l’homme et la Convention de Genève (droit humanitaire). L’Europe c’est construite sur les catastrophes humanitaires et identitaires du XXeme siècle et n’a pour légitimité que le respect du droit qui la fonde. À mûrir …

Retour donc pour plusieurs semaine. Je ne changerais pas mon approche, je resterais fidèle à mes principes. Je ne montrerais pas seulement la misère extrême présentes dans ces camps, la mort, les visages tordues de souffrance qui s’accentuent de jour en jour. J’ai aussi envie de montrer la vie. La vie de ces hommes et femmes. Pas pour éluder ou cacher leurs souffrances. Elle est là, présente dans chaque coins et recoins, s’insinuant partout. Mais pour humaniser ces hommes et ces femmes qui passent une partie de leur vie à attendre, attendre et encore attendre. Et qui trouvent malgré tout, avec l’énergie du désespoir, la rage pour continuer à se battre. Pour aller au bout de leurs rêves.

Photo :
Samy* a 16 ans. Il fait partie de ces centaines de mineurs isolés arrivés seuls et présents dans le camp de Samos. Arrivé à la fin 2018, il a erré de nombreux mois sur le camp, allant de tentes en tentes, trouvant des « gas », des « types sympas » pour l’aider et le mettre à l’abri. Les ONG médicales et juridiques sur place n’ont pas le droit d’aider ces mineurs, car ils dépendent des organismes sociaux de l’état Grecque. Toutefois, leur nombre est tel que les rares travailleurs sociaux en charge de leur dossier ne peuvent pas tous les recevoir et certains doivent attendre plusieurs semaines avant d’avoir un rendez-vous même si c’est urgent. Après plusieurs mois, Samy a pu intégrer une « maison pour mineur » de l’État Grècque toujours sur l’île.

Pythagoreio, Grèce
06.03.2019
© Jérôme Fourcade / Collectif Abisto

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Return to Samos island in Greece since yesterday to continue the documentary work started last year. A third trip, again for several weeks to document the lives of refugees in these Prisons that have become the greek islands since the agreement between Europe and Turkey in 2016.

I arrive in full “chaos” when my visit had been planned for months. The people around me are worried. “Be careful Jerome”. People of the world has been indignant for several weeks and dishonest politicians declare « We are going to face this migration crisis”. This “migration crisis” has now existed for more than ten years. Europe has only hidden it. It confined it to these islands, suffocating Greece, using it as a “shield”. Europe has chosen to turn a blind eye to Turkey’s actions and in 2016 created a tool allowing it to buy a conscience, creating a new “strategy of terror” on these islands intended to dissuade refugees from demand respect for fundamental human rights.

For the past few weeks Greece has been closing these doors and Europe has agreed. The right of asylum no longer exists. The article 14 of the Declaration of Human Rights is now uncertain : “In the face of persecution, everyone has the right to seek asylum and to enjoy asylum in other countries”.
Europe is now the enemy of this first and fundamental right which saw it born. Why the European institutions exist if Member of EU are allowed to refuse the obligations imposed on them by European law, the Charter of Fundamental Rights of the European Union, the European Convention on Human Rights and the Convention of Geneva (humanitarian law). Europe is built on the humanitarian and identity disasters of the 20th century and has only legitimacy for the respect of the law which founds it. Think about it …

So, come back for several weeks. I would not change my approach, I would remain faithful to my principles. I would not only show the extreme misery present in these camps, the death, the distorted faces of suffering which are accentuated day after day. I also want to show life. The lives of these men and women. Not to evade or hide their suffering. It is there, present in every nook , insinuating itself everywhere. But to humanize these men and women who spend part of their lives waiting, waiting and still waiting. And who nevertheless find, with the energy of despair, the rage to continue fighting. To follow their dreams.

Picture :
Samy * is 16 years old. He is one of hundreds of unaccompanied minors who arrived alone and are present in the Samos camp. Arrived at the end of 2018, he wandered for many months on the camp, going from tents to tents, finding « dude » or « nice guys” to help him and shelter him. Local medical and legal NGOs are not allowed to help these minors, as they depend on social agencies in the Greek state. However, their number is such that the few social workers in charge of their files cannot receive them all and some have to wait several weeks before having an appointment even if it is urgent. After several months, Samy was able to integrate a Greek state “miner’s house” still on the island.

Pythagoreio, Greece
06.03.2019
© Jérôme Fourcade / Collectif Abisto

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