Diary of a European Bunker - 2

Retour depuis quelques jours sur l’ile de Samos, en Grèce pour continuer un travail documentaire commencé quelques semaines plus tôt sur la vie des réfugiés sur ce que nous appelons maintenant les « borderzones ».

Il y a environ un mois le ministre grec chargé des questions migratoires s’est rendu sur l’ile de Samos pour constater du chaos sanitaire et des conditions de vie désastreuses dans lesquelles les demandeurs d’asile vivent depuis plusieurs mois, voire années, dans l’absence quasi totale de réactions médiatiques et politiques. Ces derniers préférant se concentrer sur l’île de Lesbos par exemple (plus connu médiatiquement).
Depuis sa venue, et selon les chiffres de l’UNHCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés), environ mille réfugiés ont été transférés sur l’un des nombreux camps du continent et les nouvelles arrivées sont maintenant directement envoyées sur les autres iles comme Lesbos ou Chios où les conditions de vies sont supposées être meilleures.
Ici, des rumeurs commencent déjà à circuler. Le camp pourrait fermer en 2020 et l’ensemble des demandeurs d’asiles (3200 à ce jour) pourrait être transféré vers le continent d’ici-là. D’autres n’y croient pas et pensent que ça n’est qu’un leurre servant des intérêts politiques en cette période électorale grecque et que le retour des transferts sur l’ile reviendra dans peu de temps. En effet, le 26 mai prochain, les grecs voteront pour les élections européennes mais également pour les élections municipales et le visage politique grecque pourrait radicalement changer.

La vie continue néanmoins son cours ici sur l’ile, avec pour seul objectif cette carte ouverte (la “carte bleue”) qui permet de rejoindre le continent. Mais pour cela, il faut attendre. Attendre, attendre et encore attendre. Une attente interminable qui use, qui s’insinue partout. Dans le corps, dans l’esprit. Une attente qui rend fou. Une attente que l’Ile, prison à ciel ouvert, accentue. Alors, on s’occupe, on essaye d’installer une routine, des petites choses du quotidien. Le foot, les papiers, le docteur, le repas, le jeu de dame, l’alcool qui réchauffe le soir avec les copains. On attend.

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Bertrand, 26 ans, jeune professeur au Mali, arrivé il y a huit mois sur l’ile de Samos. Devant lui, la côte turc, situé à moins d’un kilomètre. “Regarde le drapeau Turc de l’autre côté. Viens on nage trente minutes, on va manger un kebab et on revient ! Et puis les filles turcs elles sont super jolies !” me dit-il avec son inimitable rire. Il fait partie des demandeurs d’asile transférés suite au passage du ministre grecque sur l’île. Il est maintenant au camp de Kavala, depuis un peu moins d’un mois, dans la région de Thessalonique. Il attend ses amis restés sur l’ile de Samos avant de continuer sa route vers ses rêves.

Plage de Mykali, Samos
6 mars 2019
© Jérôme Fourcade / collectif Abisto

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Back since few days on the island of Samos in Greece to continue a documentary work started a few weeks earlier on the lives of refugees on what is now called the « borderzones ».

About a month ago, the Greek minister in charge of migration issues visited the island to observe the chaos and disastrous living conditions in which asylum seekers have been living for months or even years total without media and political reactions. The latter prefers to focus on the island of Lesbos for example.
Since its arrival, and according to UNHCR numbers, about a thousand refugees have been transferred to one of the many camps on the continent and new arrivals are now sent directly to other islands like Lesbos or Chios where living conditions are supposed to be better.
Here, rumors are already beginning to circulate which the camp could close in 2020 and that all asylum seekers could be transferred to the continent by then. Others do not believe it and think that it is only a decoy serving political interests in this Greek electoral period and that the return of transfers on the island will return in a short time. Indeed, on May 26, the Greeks will vote for the European elections but also for the municipal elections and the Greek political face may be radically changed.

Life continues nevertheless its course here on the island with for only objective this open card (the “blue card”) which would make it possible to join the continent. But for that, we have to wait. Wait, wait and wait again. An interminable waiting that wears, that creeps everywhere. In the body, in the spirit. An expectation that drives you crazy. An expectation that the island, open prison, multiplies. So, we take care, we try to install a routine, little things of everyday life. The football, the papers, the doctor, the meal, the checkers, the alcohol that warms the evening with the friends. We wait.

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Bertrand, a young 26-year-old teacher from Mali who arrived eight months ago on the island of Samos. In front of him is the Turkish coast, less than a kilometer away. “Look at the Turkish flag on the other side, come swim for thirty minutes, eat a kebab and come back, and then the Turkish girls are super pretty!” he says to me with his inimitable laughter. He is one of the asylum seekers transferred following the Greek minister’s visit to the island. He has now been in Kavala camp for a little less than a month in the Thessaloniki area. He is waiting for his friends which are still stuck in the island of Samos before continuing his journey to his dreams.

Mykali beach, Samos
6 march 2019
© Jérôme Fourcade / collectif Abisto

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