Génèse

La Genèse -

Je me rends pour la première fois sur l’île sur Samos au début du mois de février 2018. Une semaine auparavant, une amie avocate travaillant pour l’ONG Avocat Sans Frontière » me demande de venir faire des photos de communication pour l’organisation. Elle connaît mon engagement sur ce sujet. Je documente photographiquement la « crise » des réfugiés depuis 2015 en Europe de l’est et en France. J’ai travaillé pendant un an en tant que travailleur social dans un centre d’hébergement pour femmes réfugiées. Nourri de ces deux expériences (photographique et humaine) et dès mon arrivée, l’envie de documenter cette île différemment se développe. Prendre le temps de parler, discuter, rencontrer « vraiment » l’autre et surtout rester. Rester un certain

temps et tenter de vivre au sein du camp. Plusieurs semaines passent, puis il y a un second voyage de plusieurs mois, un troisième et un quatrième écourté par la crise sanitaire. Dès le départ se dégage l’envie de saisir des scènes de vie « simples ».

Des choix s’imposent alors. Celui d’un nouveau format photographique. Un format 4x5, plus statique, plus lent, plus simple où les personnages prennent toute leur profondeur et non la “scène” qu’ils sont en train de vivre. Un format qui laisse moins de place au spectaculaire, qui ne donne pas tout, qui confronte simplement, qui interroge et qui laisse au lecteur la possibilité de compléter.


Le choix du lieu est également important. Samos et pas Lesbos. La vitrine médiatique trop connotée dans l’inconscient collectif, aurait desservi le discours choisi. Oui, il y a d’autres îles et elles n’ont rien à “envier” à la terrible Lesbos. Je suis convaincu qu’une fracture dans l’image s’est opérée au fur et à mesure des années. J’ai moi-même photographié ces mêmes scènes aux quatre coins de

l’Europe comme tant d’autres. La documentation de cet “à côté” est nécessaire à la compréhension globale de ces événements historiques. Elle seule permet la prise de recul nécessaire pour ouvrir la possibilité de s’identifier. La volonté de témoigner de cet « à côté » m’a valu quelques arrestations et journées passées au sein du commissariat central de Vathy - la préfecture de l’ile - où le commissaire de police en chef m’a répété des dizaines de fois « There is no problem in Samos ».

Montrer (et/ou témoigner de) cet « à côté » dérange donc bien.

La vie forcée, contrainte, subie « dans la frontière » pour ces milliers d’êtres humains au bord d’une Europe qui se referme un peu plus chaque année, malgré et avant tout en est une.

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